50 ans de la Cour européenne des droits de l’homme

La Cour européenne des droits de l’homme, mise en place en 1959 pour s’assurer que les États respectent la Convention du même nom, fête cette année ses 50 ans d’existence. Les arrêts qu’elle rend sont obligatoires pour les États et, depuis 1998, l’ensemble des États signataires ont l’obligation de prévoir un droit de (dernier) recours auprès de la Cour pour l’ensemble de leurs citoyens, soit pas moins de 800 millions d’Européens! L’effet de la réforme de 1998 ne s’est pas fait attendre puisque 90% des 10’000 arrêts rendus depuis 50 ans l’ont été entre 1998 et 2008. Dans 83% des cas, l’État mis en cause a été reconnu coupable d’au moins une violation de la Convention et donc condamné.

 

Allégorie de la justice par Gaetano Gondolfi, conservé au Musée du Louvre

Allégorie de la justice par Gaetano Gandolfi, conservé au Musée du Louvre

47 pays européens ont ratifié la Convention et ont donc accepté de se soumettre à ce droit de recours qui va au-delà du droit national. Parmi ces 47 pays, on trouve la quasi totalité des États européens, y compris la Russie, la Turquie et les pays du Caucase, mais excepté la Biélorussie et le Vatican. La plupart des pays n’ont toutefois pas (encore) ratifié l’ensemble des quatorze protocoles annexés à la Convention.

Un site Internet a été lancé hier pour célebrer cet anniversaire et il sera enrichi tout au long de l’année qui vient pour témoigner des nombreux évènements qui viendront commémorer la céation de la Cour. Probablement l’une des plus précieuses institutions européennes…

Sur les traces des (reliques des) Rois mages…

Suivre le parcours des reliques constitue très souvent un moyen original de partir à la découverte de l’Europe médiévale. Les reliques des rois Mages ne font pas exception puisqu’elles nous emmèneront en Turquie, en Italie, en Allemagne et en Grèce! Mais avant cela, un peu d’histoire biblique: selon l’Évangile de Matthieu, les mages sont les visiteurs qui, apprenant la naissance du Christ, viennent d’Orient pour lui rendre hommage et lui apporter l’or, l’encens et la myrrhe. Au deuxième siècle, Origène nous apprendra qu’ils étaient trois. Plus tard encore, ils seront promus au rang de roi par Tertullien, avant de recevoir, plus tard encore, les noms que nous leur connaissons encore – Gaspard, Melchior et Balathazar. On dira aussi qu’ils ont été baptisés par Saint Thomas lors de son voyage en Inde. Ou que le Prêtre Jean serait le descendant de l’un d’eux. En un mot comme en cent, les Rois mages ne cessent de prendre de l’importance…

L'adoration des mages, par Botticelli, conservé à l'Église Santa Maria Novella de Florence

L'adoration des mages, par Botticelli, conservé à l'Église Santa Maria Novella de Florence

Venons en maintenant aux reliques elles-mêmes: au quatrième siècle, Hélène de Constantinople – épouse de l’Empereur romain Constance Chlore et future Sainte Hélène – se rend en pélerinage à Jérusalem. Outre la Vraie Croix – grâce à laquelle son pélerinage est resté célèbre – elle ramène à Constantinople toute une série de reliques, dont celles des Rois mages. Elle les fait déposer dans la Grande Église (Megalo Ecclesia), là où sera construite quelques siècles plus tard la célèbre Basilique Sainte-Sophie.

Les reliques n’y restent toutefois pas longtemps puisque quelques années plus tard, en 343, Eustorgius Ier, élu évêque de Milan, les reçoit en cadeau de la part de l’Empereur Constantin et les fait transporter en Italie, accompagnées d’un lourd sarcophage. Le charriot qui transporte le tout est tellement lourd qu’il s’enfonce dans le sol peu avant la Porta Ticinese et ne peut plus être récupéré. Eustorgius y voit un signe divin et décide de faire construire une basilique à cet endroit-même.  Elles resteront environ huit siècles à Milan, faisant de la Basilique Sant’Eustorgio où elles reposent un important lieu de pélerinage. Aujourd’hui, on peut encore y voir le sarcophage et, au sommet du campanile, une étoile à huit branches…

Le Sarcophage dans la Basilique Sant'E

Le Sarcophage dans la Basilique Sant'Eustorgio

Huit siècles plus tard, Milan est mise à sac par les troupes impériales de Frédéric Barberousse, furieux d’avoir été excommunié par le Pape. Il fait alors don des reliques des Rois Mages à Rainald von Dassel, l’évêque de Cologne, en 1164, qui les ramène en Allemagne et les fait déposer dans la Cathédrale de Cologne, où elles sont encore, dans un reliquaire en or réalisé par l’un des plus fameux orfèvres médiévaux, Nicolas de Verdun. Les pélerins ne tardent pas à affluer et, dès le douzième siècle, Cologne devient la quatrième ville sainte du Christianisme, aux côtés de Jérusalem, Rome et Constantinople. En 1248, la construction d’une grande cathédrale est entamée pour abriter dignement ces reliques. La cathédrale de Cologne, plus vaste édifice gothique d’Europe, sera achevée 632 ans plus tard. Les armoiries de la ville de Cologne, elles, arborent toujours trois couronnes…

Le reliquaire dans la Cathédrale de Cologne

Le reliquaire dans la Cathédrale de Cologne

Et la Grèce me direz-vous? Au quinzième siècle, le monastère Saint-Paul du Mont Athos reçoit de la part de Mara Brancovic un reliquaire contenant les cadeaux que les Rois mages ont remis à Jésus lors de leur visite. Mara Brancovic est la fille d’un roi de Serbie, mais elle est aussi la femme de l’Empereur ottoman Murat II et elle est surtout la belle-mère de l’Empereur Mehmet II, qui a fait la conquête de Constantinople en 1454 et mis la main sur la basilique Sainte-Sophie, où il aurait trouvé ce reliquaire, ramené de Jérusalem par Hélène, au quatrième siècle en même temps que les autres reliques… Le reliquaire se trouve toujours dans ce monastère.

Le Monastère Saint-Paul

Le Monastère Saint-Paul

Pour en savoir plus:

Élections européennes: Votons!

Les prochaines élections européennes approchent! Au mois de juin, les citoyens européens renouvèleront simultanément les 736 sièges du Parlement européen. Les députés européens sont élus au suffrage universel depuis 1979. Depuis lors, leur influence a crû au fil des révisions successives des traités, faisant aujourd’hui du Parlement européen un acteur majeur dans le processus de prise de décision au niveau européen. Les citoyens européens – dont beaucoup reprochent à l’UE son manque de démocratie – ont donc une influence directe et démocratique sur l’un des trois acteurs-clés! Et pourtant, paradoxalement, le taux de participation aux élections européennes ne cesse de baisser: désormais, moins de la moitié des citoyens européens se rendent aux urnes. Et pourtant…

Le parlement européen:

  • a un pouvoir de codécision (avec le Conseil des Ministres) dans plus de 40 domaines, ce qui signifie que si le Parlement refuse une proposition de la Commission, elle ne sera pas approuvée, même si les États le veulent;
  • a un pouvoir budgétaire et peut notamment rejeter l’ensemble du budget;
  • soumet les nouveaux commissaires à de longues séances de questions – publiques – et approuve (ou refuse) ensuite leur nomination;
  • contrôle les activités de la Commission et peut censurer la Commission;
Le Parlement européen à Bruxelles

Le Parlement européen à Bruxelles

Dans quel pays les ministres sont-ils soumis à un examen de leurs compétences par le parlement avant d’être nommés à leur poste? Et ce, de plus, publiquement? Aucun!

Les règlements européens règlent un grand nombre d’aspects de votre vie quotidienne, notamment par l’ensemble des directives liées au Marché unique. Vous vous en plaignez mais vous n’allez pas élire ceux qui ont une influence directe sur ces règlements? Pourquoi?

Les élections se déroulent au système proportionnel, permettant aux petits partis d’être représentés, à l’inverse des systèmes en vigueur pour les élections nationales en France ou en Angleterre.

Cela fait 30 ans que vous votez pour les Verts, une liste chrétienne évangélique ou pour les Régionalistes bretons, mais, dans votre circonscription, aucun n’a jamais été élu? Au Parlement européen, c’est possible!

Une précision encore pour ceux qui iront voter… Il ne sert à rien de vouloir sanctionner votre gouvernement – ou, à l’inverse – de vouloir le soutenir lors de ces élections: elles ne sont pas là pour ça! Les parlementaires européens sont là pour construire l’Europe, et ils n’ont « que » cette compétence-là: choisissez le parti qui a la vision de l’Europe la plus proche de la vôtre et profitez de pouvoir oublier, le temps d’une élection, les polémiques sur l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde ou sur le bouclier fiscal!

Il va sans dire que nombre d’articles seront consacrés à ces élections au fil des prochaines semaines! Au programme, notamment, une série de petits articles décrivant les neuf partis politiques européens…

Le Serment du Jeu de Paume, par David - les députés du Tiers Etats promettent de ne pas se séparer avant l'élaboration d'une Constitution

Le Serment du Jeu de Paume, par David - les députés du Tiers Etats promettent de ne pas se séparer avant l'élaboration d'une Constitution

Pour en savoir plus:

Le Chêne, arbre symbole de l’Europe

1_2__5_euro_cents_germanyLe chêne est probablement l’un des arbres les plus emblématiques du continent européen, se démarquant tant par des particularités biologiques que par sa valeur économique. Ainsi, le chêne est remarquable par sa longétivité: le plus vieux chêne d’Europe se trouverait à Châtillon, dans le Jura suisse, et aurait atteint l’âge vénérable de 1304 ans. Il est également l’arbre le plus répandu dans certains pays européens, comme la France où il représente 40% des essences. Au niveau économique, ses avantages sont nombreux: son bois, très résistant, est, ou a été, utilisé aussi bien dans la construction de bâtiments de prestige et de bâteaux que pour la confection de tonneaux où bien des alcools vieillissent; les truffes poussent en association avec les racines de certaines de ses espèces; ses fruits sont comestibles et sont également parfois donnés à manger aux cochons; ses galles, ont longtemps été utilisées pour fabriquer des teintures. Enfin, le liège est produit à partir de l’un de ses espèces, le chêne-liège, qui se trouve notamment en Espagne et au Portugal.

Dès l’Antiquité, Romains, Germains et Celtes ont fait de cet arbre symbolisant aussi bien la virilité que la force ou la longévité un arbre sacré. Dans la Grèce antique, les prêtres et les prêtresses de l’Oracle de Dodone – l’un des plus importants de Grèce, dédié à Zeus lui-même – interprétaient le bruissement des feuilles de chênes sous le vent. En Europe du Nord, le chêne était également sacré pour Thor: le peuple germanique des Chattes, par exemple, vénérait un chêne – le Chêne de Thor – situé en Hesse actuelle. L’évêque Boniface le fera abattre pour prouver la supériorité du christianisme sur les Dieux nordiques. Dans la mythologie celtique, le chêne est l’arbre des portes, permettant le passage entre différents mondes.

Boniface faisant abattre le Chêne de Thor
Boniface faisant abattre le Chêne de Thor

Les États européens ne se sont jamais privés de faire usage de cet arbre pour symboliser leur force et leur stabilité: pas moins de huit États européens en ont fait leur arbre national, partageant cette caractéristique avec… les États-Unis, où le chêne est également un arbre important. Dans la France médiévale Saint Louis rendait justice sous un grand chêne,  les Anglais ont choisi son bois pour les boiseries de la Chambre des Communes et les Allemands ont mis ses feuilles sur leurs centimes d’euros et les Suisses sur leurs francs.

Mais le chêne n’est pas réservé qu’aux puissants, il a également une place de choix dans la culture populaire. Dans la forêt de Sherwood, en Angleterre, se dresse encore aujourd’hui le Major Oak qui aurait été le quartier général de Robin des Bois. En France, les noces de chênes sont réservées aux rares couples atteignant les 80 ans de mariage. Et les joueurs de l’équipe nationale de rugby de la Roumanie sont surnommés… les Chênes.

Le Major Oak de Robin des Bois
Le Major Oak de Robin des Bois

Le chêne est également un motif fréquent en héraldique: de l’Espagne à l’Estonie, en passant par la Pologne, la France ou la Norvège, les collectivités qui arborent cet arbre sur leurs armoiries sont innombrables. Parmi les plus importantes, on peut nommer Bayonne en France, la province de Blekinge en Suède ou le comté de Nottingham en Angleterre.

Pour en savoir plus:

  • L’article de Wikipedia consacré à l’Oracle de Dodone a reçu le label « article de qualité » et mérite en effet un détour.
  • Fiche descriptive du chêne.

Un peu de mythologie…

2_euro_greeceComment ne pas inaugurer se blog en vous racontant le mythe d’Europe. Dans la mythologie grecque, Europe est une princesse phénicienne, fille d’Agénor, le roi de Tyr. Elle est d’une telle beauté que Zeus, le roi des Dieux, en tombe amoureux. Il se transforme en un magnifique taureau blanc et va se mêler aux troupeaux d’Agénor pour pouvoir approcher Europe et l’enlever. Alors que celle-ci cueille des fleurs avec sa suivante, le taureau blanc s’approche: Europe le caresse et finit par monter sur son dos. Il court alors jusqu’à la mer et nage jusqu’en Crête où il lui révèle sa véritable identité. Europe devient alors la première reine de Crête et Zeus lui fait don de quatre présents: un colier forgé par Héphaïstos, Talos – un géant de bronze gardant la Crête, Laelaps – un chien de chasse qui attrapait toujours sa proie, et un javelot qui ne manquait jamais sa cible. Le mythe sera ensuite repris par les Romains qui substitueront Zeus par Jupiter.

L’enlèvement d’Europe a ensuite été repris comme sujet de composition par de nombreux artistes et ce, dès l’Antiquité. Citons notamment Titien (L’Enlèvement d’Europe, 1559-1562, conservé au Isabella Stewart Gardner Museum de Boston), Paul Véronèse (L’Enlèvement d’Europe, 1580, Palais des Doges de Venise), Rembrandt (L’Enlèvement d’Europe, 1632, Metropolitan Museum of Art de New York),  Noël-Nicolas Coypel L’Enlèvement d’Europe, 1727, dont vous voyez un extrait dans l’en-tête de ce blog, Philadelphia Art Museum) ou encore Gustave Moreau (L’Enlèvement d’Europe, 1869, Musée d’Orsay, Paris).

L'Enlèvement d'Europe de Rembrandt
L’Enlèvement d’Europe de Rembrandt

Ajourd’hui, Europe est représentée sur les pièces grecques de deux euros et une statue la représentant sur le taureau se trouve devant le bâtiment du Parlement européen à Strasbourg. 

Pour en savoir plus: